Aujourd’hui, Dharavi occupe une superficie de plus de 200
hectares. La population officielle est d’environ 600.000 personnes (recensement
2001) mais les estimations faites par des organisations ou chercheurs
travaillant sur Dharavi l’évaluent à au moins un million d’individus, soit près
de 100.000 familles, avec une densité de population moyenne de 350.000
habitants par km² et une latrine pour 1.440 personnes.
Malgré la dénomination unificatrice de
« Dharavi », la zone qu’elle désigne est davantage une juxtaposition
de quartiers aux caractères distincts, liés aux différentes vagues de migrants
venus des quatre coins de l’Inde rurale. Si l’on fait exception des pêcheurs
Koli, qui ne représentent plus qu’un faible pourcentage de sa population,
Dharavi est en effet largement l’œuvre d’hommes et de femmes ayant quitté leur
village d’origine, le plus souvent suite à des catastrophes naturelles telles
que les sécheresses, et venus chercher un emploi dans la mégapole attractive
que représente Bombay.
Une zone à la fois résidentielle et industrielle
Les premiers migrants étaient originaires du Maharashtra
(État dont Bombay est la capitale) et du Gujarat (État mitoyen au Nord de
Bombay). Ils s’étaient tout d’abord installés dans les quartiers sud de Bombay,
mais au fur et à mesure de la croissance de la ville, ils ont été repoussés
toujours plus au Nord afin de permettre aux populations plus aisées de vivre
dans les nouveaux immeubles résidentiels construits en lieu et place des
anciens bidonvilles. Ces premiers migrants ont fini par s’installer durablement
à Dharavi. Plus tard, une forte vague de migrants est venue de l’État du Tamil
Nadu (sud de l’Inde) à tel point qu’aujourd’hui un tiers de la population de
Dharavi parle le tamoul. Plus récemment, deux États très pauvres et très
peuplés du Nord de l’Inde, l’Uttar Pradesh et le Bihar, ont été les principales
sources de nouvelles arrivées. Tous ces flux migratoires contribuent à la
grande diversité des populations et des activités de Dharavi : potiers
Kumbhar du Saurashtra (Gujarat), tanneurs du Tamil Nadu et d’Azamgarh (Uttar
Pradesh), travailleurs de la maroquinerie et du textile du Maharashtra et du
Bihar, balayeurs Valmikis de l’Haryana.
Dharavi se distingue aussi par la forte activité
économique informelle qui s’y déploie, dans la petite industrie et l’artisanat.
Contrairement aux autres bidonvilles de Bombay dont la grande majorité des
habitants travaille en dehors de leur lieu de résidence, 80 % des
résidents de Dharavi y exercent leur activité professionnelle. En ce sens
Dharavi est aussi une zone industrielle à part entière dont le chiffre
d’affaire est évalué à 400 millions d’Euros. Une étude de l’association SPARC (Society for the Promotion of Area Resource
Centres) estime que Dharavi compte 4.902 unités industrielles dont
1.036 dans le textile, 932 dans la poterie, 567 dans l’industrie du cuir, 722
dans le recyclage et la ferraille, 498 dans la broderie et 152 dans
l’alimentation. On y trouve en outre 111 restaurants et plusieurs milliers de
boutiques.
Ce fort dynamisme économique ne doit cependant pas faire
oublier que les conditions de travail dans ce secteur informel sont le plus
souvent extrêmement pénibles et précaires : ainsi, les potiers et leur
famille vivent et travaillent en permanence dans la chaleur et la fumée toxique
des fours où ils cuisent les poteries, tandis que les travailleurs du cuir, du
textile ou de l’alimentation passent jusqu’à 15 heures par jour dans des pièces
sombres et sans aération. Les salaires sont évidemment extrêmement bas et la concurrence
entre les anciens et les nouveaux migrants pousse constamment le coût de la
main d’œuvre à la baisse.
Fabrication
de poteries à Kumbharwada
Dharavi souffre également, comme tout bidonville, d’un
manque d’infrastructures de base et d’installations sanitaires tandis que
l’accès à l’eau et à l’électricité reste aléatoire.
Mais contrairement à de nombreux autres bidonvilles plus
récents, la plupart des habitations de Dharavi sont consolidées, construites de
ciment et de briques (sauf pour le toit fait de simples plaques métalliques
récupérées ou de tôles, plus rarement de tuiles). Cela témoigne d’une
installation ancienne et d’une amélioration progressive de l’habitat dans la
mesure des moyens financiers et de l’espace disponible.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire