samedi 6 février 2016

seconde MUMBAI 2

Aujourd’hui, Dharavi occupe une superficie de plus de 200 hectares. La population officielle est d’environ 600.000 personnes (recensement 2001) mais les estimations faites par des organisations ou chercheurs travaillant sur Dharavi l’évaluent à au moins un million d’individus, soit près de 100.000 familles, avec une densité de population moyenne de 350.000 habitants par km² et une latrine pour 1.440 personnes.
Malgré la dénomination unificatrice de « Dharavi », la zone qu’elle désigne est davantage une juxtaposition de quartiers aux caractères distincts, liés aux différentes vagues de migrants venus des quatre coins de l’Inde rurale. Si l’on fait exception des pêcheurs Koli, qui ne représentent plus qu’un faible pourcentage de sa population, Dharavi est en effet largement l’œuvre d’hommes et de femmes ayant quitté leur village d’origine, le plus souvent suite à des catastrophes naturelles telles que les sécheresses, et venus chercher un emploi dans la mégapole attractive que représente Bombay.
Une zone à la fois résidentielle et industrielle
Les premiers migrants étaient originaires du Maharashtra (État dont Bombay est la capitale) et du Gujarat (État mitoyen au Nord de Bombay). Ils s’étaient tout d’abord installés dans les quartiers sud de Bombay, mais au fur et à mesure de la croissance de la ville, ils ont été repoussés toujours plus au Nord afin de permettre aux populations plus aisées de vivre dans les nouveaux immeubles résidentiels construits en lieu et place des anciens bidonvilles. Ces premiers migrants ont fini par s’installer durablement à Dharavi. Plus tard, une forte vague de migrants est venue de l’État du Tamil Nadu (sud de l’Inde) à tel point qu’aujourd’hui un tiers de la population de Dharavi parle le tamoul. Plus récemment, deux États très pauvres et très peuplés du Nord de l’Inde, l’Uttar Pradesh et le Bihar, ont été les principales sources de nouvelles arrivées. Tous ces flux migratoires contribuent à la grande diversité des populations et des activités de Dharavi : potiers Kumbhar du Saurashtra (Gujarat), tanneurs du Tamil Nadu et d’Azamgarh (Uttar Pradesh), travailleurs de la maroquinerie et du textile du Maharashtra et du Bihar, balayeurs Valmikis de l’Haryana.
Dharavi se distingue aussi par la forte activité économique informelle qui s’y déploie, dans la petite industrie et l’artisanat. Contrairement aux autres bidonvilles de Bombay dont la grande majorité des habitants travaille en dehors de leur lieu de résidence, 80 % des résidents de Dharavi y exercent leur activité professionnelle. En ce sens Dharavi est aussi une zone industrielle à part entière dont le chiffre d’affaire est évalué à 400 millions d’Euros. Une étude de l’association SPARC (Society for the Promotion of Area Resource Centres) estime que Dharavi compte 4.902 unités industrielles dont 1.036 dans le textile, 932 dans la poterie, 567 dans l’industrie du cuir, 722 dans le recyclage et la ferraille, 498 dans la broderie et 152 dans l’alimentation. On y trouve en outre 111 restaurants et plusieurs milliers de boutiques.
Ce fort dynamisme économique ne doit cependant pas faire oublier que les conditions de travail dans ce secteur informel sont le plus souvent extrêmement pénibles et précaires : ainsi, les potiers et leur famille vivent et travaillent en permanence dans la chaleur et la fumée toxique des fours où ils cuisent les poteries, tandis que les travailleurs du cuir, du textile ou de l’alimentation passent jusqu’à 15 heures par jour dans des pièces sombres et sans aération. Les salaires sont évidemment extrêmement bas et la concurrence entre les anciens et les nouveaux migrants pousse constamment le coût de la main d’œuvre à la baisse.
Fabrication de poteries à Kumbharwada
Dharavi souffre également, comme tout bidonville, d’un manque d’infrastructures de base et d’installations sanitaires tandis que l’accès à l’eau et à l’électricité reste aléatoire.
Mais contrairement à de nombreux autres bidonvilles plus récents, la plupart des habitations de Dharavi sont consolidées, construites de ciment et de briques (sauf pour le toit fait de simples plaques métalliques récupérées ou de tôles, plus rarement de tuiles). Cela témoigne d’une installation ancienne et d’une amélioration progressive de l’habitat dans la mesure des moyens financiers et de l’espace disponible.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire